D’où vient ce nom ‘Jmcorpus’ ?

A la base jmcorpus.com est un site où j’écris des poèmes, « corpus » est lié à ce qu’on nomme un corpus de texte. JM ce sont mes initiales tout simplement. Comme j’ai tendance à m’éparpiller un peu, la découverte de la MAO (musique assistée par ordinateur, NDLR) et du mix se sont greffés à ce nom. Je n’ai pas de formation musicale, je ne me considère pas comme un musicien d’ailleurs,  je joue, j’explore, je bricole… La MAO rend la musique accessible à tout le monde et je trouve ça formidable. J’ai aussi fondé un collectif avec des amis qui s’appelle Les Garçons Faciles. Pour l’instant on organise surtout des soirées où on invite des DJs mais à terme l’idée c’est de créer un espace de création pluriel.

Excellent terme ! C’est un peu Hors-Norme votre collectif?

Il faudrait déjà pouvoir définir la norme. Comme j’ai étudié la sociologie, c’est vrai que j’ai une vision assez relativiste de ce qu’est une norme donc je ne saurais pas te donner de réponse. Je ne pense pas du tout être hors norme pour le coup. Après dans le cadre de la musique  ou d’un festival, ça peut être par des choix audacieux dans la programmation ou investir des lieux singuliers par exemple… 

L’album qui a changé ta vie ?

Idem, très difficile de donner une réponse. Mais j’aime bien citer le titre Atom Hearth Mother de Pink Floyd que j’ai découvert vers mes 14 ans. Je me suis dis « ok, on peut faire ça avec de la musique wow ! ». La musique pouvait être un terrain de jeu. Du coup j’ai commencé par faire de la création musicale dans ma chambre sur des petits logiciels qu’on pouvait trouver dans le commerce, puis en créant des boucles pour agrémenter les vidéos qu’on faisait avec les copains.

Le pire pour toi c’est de jouer sans public ou de louper son set ?

Ce n’est pas très grave si il n’y a pas de public, ça m’angoisse moins s’il y a moins de monde d’ailleurs même si personne n’aime jouer à vide on ne va pas se mentir. Mais je n’aime pas faire d’erreur. Parfois un set de 2h va super bien se passer, je vais faire une petite bourde et je vais rester focaliser là-dessus alors que le public ne l’a pas forcément remarqué. 

Ton super-héro préféré ?

J’aime pas trop les super-héros en fait. J’ai plus d’admiration  pour une mère célibataire qui doit boucler ses fins de mois que pour superman. Je préfère les héros ordinaires ou les gens qui se battent pour leurs convictions.

Why are you so serious ? Plutôt Chanson grivoise ou Musique Savante ?

Ni l’un ni l’autre. On ne va pas se mentir il y a une culture élitiste qui se veut inaccessible tant sur le plan culturel, économique et géographique. C’est ce que Pierre Bourdieu appelle la distinction. Je trouve toujours son analyse très pertinente pour comprendre l’organisation sociale. Ce n’est pas parce-qu’une oeuvre est commerciale qu’elle est mauvaise. D’ailleurs le terme « indé » est complètement galvaudé aujourd’hui, il y a plein d’artistes « indé » qui signent chez des majors. Il y a bien une inégalité d’accès à la culture par l’éducation ou le contexte c’est clair mais il faut savoir prendre des risques et aller creuser, voir et écouter des choses qui ne nous sont pas forcément familières de prime abord.

Vous sortez de votre zone de confort ?

Je pense qu’il faut être curieux dans la vie en général. C’est l’histoire de la musique ; le jazz, le blues, le rap… au moment de leur émergence ces musiques étaient relégués dans les marges, associés à un certain type de populations que l’on excluait. C’était aussi pour  ces populations un moyen d’expression, un manière d’affirmer leur identité. Aujourd’hui tout le monde écoute du rap, ça a été récupéré, recyclé, pas forcément pour le meilleur d’ailleurs mais c’est bien qu’on reconnaisse enfin la puissance littéraire et poétique du rap.

Que penses-tu de l’accès à la culture locale ?

Je suis arrivé à Rouen il y’a deux ans, avant je vivais à Paris et j’ai été très surpris par la vivacité culturelle de la ville ! En dehors des grosses scènes, il y a vraiment un vivier d’artistes très dynamique. Même au niveau de la scène electro et techno, ça se bouge pas mal depuis quelques années et il y a des progs qui n’ont parfois rien à envier à la scène parisienne. Après comme je te disais, il faut juste faire l’effort d’aller chercher les choses.

Que penses-tu du plagiat ?

Ça dépend. Je pense qu’il faut admettre que on ne créer rien totalement par soi-même. On ne se lève pas le matin avec une idée qui vient du néant. Je ne connais personne qui a vécu dans une grotte avec des instruments toute sa vie pour sortir un truc unique.  Tout ce qu’on peut écouter, voir, partager, va forcément nous inspirer et ressortir en quelque chose d’autre. Il faut désacraliser la notion d’auteur je pense. Tout le monde pique à tout le monde et ça pose seulement problème quand il y a de l’argent en jeu. A partir du moment où on diffuse une oeuvre il faut être prêt à admettre qu’elle ne nous appartient plus totalement.  Dans les quelques morceaux que j’ai conçu, je revendique pleinement mes influences. C’est certain que si tu reproduis à l’identique un morceau et que tu mets ton nom dessus, c’est problématique, mais à partir du moment que tu apposes réellement ta touche, c’est discutable…

Et comment on vit la mort du disque quand on est un enfant des 90’? :

Et on ne parle pas de la K7 ? Pour l’accès illimité sur les nouvelles plateformes , je trouve ça génial. On peut trouver de tout pour un prix dérisoire, c’est quand même une chance incroyable. Si je comprends l’attachement à des objets comme le vinyle, je préfère écouter la musique sur deezer à la maison et consacrer mon budget à des concerts. C’est comme pour le cinéma ; l’expérience collective de la salle et le côté live pour la musique sont irremplaçables. Si j’écoute un artiste en boucle sur deezer, je vais finir par acheter son vinyle et aller le voir en concert ou en festival. Pour le CD, c’est différent, je ne pense pas que ce format va perdurer étant donné que le vinyle reste le format le plus qualitatif sur le marché alors que le CD est trop concurrencé par des formats de compression tout aussi qualitatifs sur internet.

Que penses-tu du commercial ?

Je n’ai rien contre ce qu’on appelle « le commercial », vraiment, du moment qu’on prend la peine d’aller plus loin et que l’on ne se limite pas à ça. Comme je te disais tout à l’heure pour le rap, c’était un genre associé aux populations des banlieues il y a encore 15-20 ans. On refusait même d’admettre que c’était de l’art. Aujourd’hui le rap est la musique la plus écoutée dans le monde, il y en a de toutes sortes, et aussi du très commercial et c’est tant mieux. Il y a deux problèmes majeurs avec le « commercial ». Le premier c’est qu’on te passe en boucle les mêmes morceaux toute la journée et tu deviens fou à force de les entendre ! Pourquoi ne pas laisser un peu de place à d’autres artistes ? Et le second problème c’est que quand un genre se « marchandise », c’est la neutralisation de sa force politique qui est en jeu. Le rap toujours mais tu peux aussi penser au punk dans les années 70, étaient à la base des musiques associés à un mouvement contestataire. A partir du moment que c’est récupéré par des grosses entreprises qui veulent faire du cash, tu peux dire adieu à tes convictions je pense. Je prends l’exemple de Médine que j’écoute depuis le collège. Je ne pense pas l’avoir entendu une seule fois à la radio et je pense que ça lui a permis de rester intègre aujourd’hui dans ses textes et dans son engagement.

Evidemment il est Havrais!

En effet je suis originaire du havre et Médine est une fierté locale !

La radio c’est de la soupe ?

Non pas forcément. Mais si tu t’arrêtes à ce qu’on te propose, tu n’iras pas bien loin. Et puis il y a encore des radios qui font l’effort de rester exigeantes et éclectique, je pense à FIP ou NOVA par exemple. Ce n’est pas parce-que quelque chose n’est pas « commercial » que c’est inaccessible » ou inaudible. Aujourd’hui on peut accéder à tout. Le risque c’est de se noyer dans tout ce contenu et les radios doivent avoir ce rôle de guide ou de médiateur, les DJs aussi d’ailleurs !

Si tu devais rencontrer un musicien pour discuter avec lui ce serait …

Actuellement RONE. Je l’ai vu trois fois sur scène, il a une humilité incroyable. Son univers est juste magique et puis ses sons sont d’une subtilité rare. Il écrit vraiment des histoires qu’il met en scène pendant ses concerts. D’ailleurs il a collaboré avec Alain Damasio qui est un auteur formidable de SF. Ce sont deux artistes que j’adore, alors évidemment je suis plus qu’enthousiaste quand je les vois travailler ensemble et je pense qu’on aurait des choses à se dire !

Et l’identité visuelle dans tout cela ?

Dans l’ère où l’image est reine c’est incontournable. Après ça peut justement être l’occasion de collaborer avec d’autres artistes et de créer des objets communs, il y a des clips ou des pochettes d’albums qui sont de véritables chef-d’oeuvres.  

Ton Dernier coup de coeur ? 

Il y en a trop mais disons le dernier album de Flavien Berger. Je l’ai d’ailleurs vu au 106 en février, il était en roue libre, il essayait des trucs, il jouait avec le public, changeait complètement ses morceaux les plus connus. En plus c’est un type qui a appris la musique sur un jeu de playstation et qui a su se créer une identité musicale unique, moi je trouve ça formidable !